A PROPOS DES FUNERAILLES DE SA MAJESTE NTARE V, ROI-MARTYR Par Charles Baranyanka

D’ après l’information recueillie dans son entourage, la famille royale aurait adressé au gouvernement, une proposition d’organiser pour Ntare V les funérailles nationales.

Cette démarche importante appelle de ma part, un bref commentaire que je souhaite partager avec mes compatriotes dans l’espoir de susciter un débat constructif.

D’emblée, je me permets d’introduire un principe fondamental qui régit la monarchie dont le Code ésotérique explicite en ces termes : « Umwami ntagira umuryango. Ni Sebarundi akongera akaba Nyamugirubutankwa ».

De fait le roi n’a pas de famille. En revanche, il est le Père de tous les Barundi : de son rejeton comme du plus humble de ses sujets.

Personne donc à titre individuel ne peut se réclamer de lui en particulier.
Ainsi, rendre hommage à Sa Majesté Ntare V est une affaire d’Etat qui concerne la nation toute entière. Dans ce cas, l’hommage public lui serait rendu en même temps qu’à ses compagnons martyrisés dont il a, de surcroît, partagé la fosse commune pendant trente-sept ans. Rendre les honneurs à Ntare V seul, serait en plus le détourner de sa raison d’être, spécialement pour lui porteur du nom de Ntare, qui doit impérativement partager le bonheur et les malheurs avec son peuple, y compris la mort.

La nuit fatidique du 29 avril 1972 a scellé, à n’en pas douter, dans le même destin le roi et des centaines des milliers de Bahutu victimes du génocide, ainsi que les Baganwa et les Batutsi eux aussi assassinés pendant cette tragédie nationale.

Je propose dès lors de les unir dans une seule et même action d’hommage national, qui atténuerait l’immense souffrance ensevelie dans les cœurs de tous ceux qui ont perdu les leurs en 1972 et même ultérieurement, sans oser les pleurer ni faire leur deuil.

Il y aurait donc trois cercueils : un du roi, un autre d’un Muhutu suivi de celui d’un Mututsi. Immédiatement se pose la question de leur sépulture.
NDAGO près de Muramvya me paraît tout indiquée.

Pour les Barundi, NDAGO est le symbole vivant de l’héroïsme d’un peuple, face à une force terrifiante, pourtant incapable de nous vaincre et qui, finalement, demandera à composer. NDAGO est aussi un énorme charnier, malheureusement profané par la deuxième république, qui y a érigé une minoterie, après avoir rasé les « Bigabiro », témoins majestueux des hauts faits de notre armée qui a inscrit de son sang, sur cette montagne, une des pages les plus glorieuses de notre histoire nationale, pendant qu’autour du Burundi, les armées européennes démolissaient les empires africains.

C’est l’empire du Gitara qui s’effondre le 9 avril 1899 sous les assauts de l’armée britannique, à peine un mois avant notre résistance héroïque à NDAGO.

C’est l’Allemagne qui efface la Namibie le 25 févier 1904, alors que le Burundi venait de s’opposer avec succès aux armées allemandes dans la guerre de onze jours, commencée le 30 avril 1903.

Dès lors, NDAGO revêt une importance capitale comme lieu historique, sacralisé par l’hécatombe de 15 à 20.000 de nos guerriers assassinés en une matinée sur cette montagne. De cette terrible épreuve, le Burundi en sort exsangue mais debout, prêt à défier de nouveau l’Homme Blanc.

Un Temple serait alors érigé sur cet énorme nécropole méconnu jusqu’à ce jour. Il abriterait les trois cercueils qui symboliseront pour les générations futures, les tueries fratricides et sacrilèges désormais condamnées à jamais.

A cette occasion, le Feu Sacré, hérité de KIMEZA MIRYANGO, vieux comme le Burundi lui-même, serait rallumé, après une éclipse de cinquante ans, consécutif à son extinction par l’Homme Blanc ; afin d’obéir à la Tradition Nationale qui nous enjoint de garder ce feu éternellement, sous peine d’assister à la déchéance politique et morale du Burundi. Les générations actuelles auraient alors le privilège de le rallumer pour qu’il brille désormais éternellement dans le Temple de NDAGO, proclamée montagne sainte, inviolable par le Président de la République, pendant que les représentants des religions professées au Burundi invoquent dans une prière commune « IMANA Y’i BURUNDI » de préserver le pays, à l’avenir, de tout acte de violence entre les frères et sœurs, afin que règnent définitivement la paix et la concorde dans les cœurs.

Le Muganwa Charles Baranyanka.